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25/03/2013

J'ai été volée par un noir

Maintenant, c'est fait.

J'ai le droit de m'exprimer en toute légitimité sur le racisme et l'insécurité.

Youpi !

(Encore un argument que la subtile - mais feu - Gauche Populaire n'aura pas).

Je ne vis plus dans les beaux quartiers depuis un certain temps. J'ai été cambriolée deux fois. Et je m'étais déjà fait voler un portable par une bande de petits cons.

Mais là, c'est immense.

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Il était noir, ado, capuche.

J'ai eu un pressentiment quand il s'est approché vers moi sur la gauche, j'ai ralenti le pas, eu le temps d'engager un dialogue avec moi-même pour combattre cette appréhension et faire confiance à l'humanité qui me trahit peu.

Et il s'était emparé du téléphone, de l'IPHONE, ma maison-coquille-drogue super dure.

Alors, s'est engagé un combat avec lui, le jeune, dont j'ai arraché la doublure de sa parka, l'objet s'est échappé de ses mains, j'ai de nouveau dialogué avec moi-même quant à l'intérêt qu'il y aurait à mourir pour un téléphone même s'il y avait eu des photos de gens nus dedans, plutôt que pour son pays.

Je l'ai lâché, rapide comme l'éclair il a ramassé ma vie-mon téléphone et filé.

La flic était fière de moi. Quand on a passé en revue toute la séquence au commissariat, pas pour rattraper mon voleur mais que l'assurance me rembourse, passage obligé, elle était contente. Ca enverrait un bon message au voleur. Et elle s'y connaît, elle avait pris 4 dépositions du même ordre dans la journée. J'étais son héroine du jour, j'ai tout raconté en large et en travers car je m'ennuyais pendant qu'elle faisait les papiers car JE POUVAIS PAS CONSULTER MON TELEPHONE pendant ce temps. Il est possible qu'elle ait le coeur un peu plus léger la prochaine fois qu'elle achètera sur ses deniers personnels l'encre utile à l'utilisation d'un tampon encreur, tampon qui doit ABSOLUMENT attester que la République Française reconnaît mon témoignage, République qui ne fournit pas l'encre. C'est trop cher.

Puis, sans trop y croire, on a fait semblant de chercher le voleur, j'avais le mec en tête, je l'ai décrit, malheureusement il avait la peau noire, les yeux foncés et les cheveux noirs et frisés, ce qui doit correspondre à pas mal d'hommes d'origine africaine. Heureusement j'avais "traits fins", comme indication mais c'est pas un critère qu'ils utilisent. Le fichier a sorti une photo, c'était pas mon type.

Ce qui m'a un peu calmée dans toute cette histoire, alors même que j'étais rentrée chez moi en pleurant et en agonisant ce mec après le vol, c'est de voir plusieurs ados rentrer dans le commissariat avec les menottes aux mains, je les enviais pas, ils me faisaient pitié, ils étaient mignons, le mien aussi aurait eu l'air mignon, désarmés, aux bras de flics en civil qui avaient l'air sympas, pas bravaches, je les trouvais petits pour être menottés, suis-je trop sensible ?

Depuis, je confesse, mon cerveau et moi dévisageons les ados noirs aux traits fins pour reconnaître celui qui m'a GRAVEMENT MIS DANS LA MERDE. Parce que je suis nomade. Entre mercredi soir, moment du vol, et vendredi soir prochain, j'aurai pris 8 trains et pas pour aller en week-end. Sans mon doudou. Avec ses plans, ses horaires de trains, Instagram, Facebook, Beauté Test, le site de la RATP, le lien direct avec mon assistante qui m'envoie les références de mes e-billets, Marmiton, les SMS avec X, les commentaires sur les posts, Spider solitaire. Et le téléphone que m'a fourni SFR, une antiquité dont je touche le minuscule écran machinalement (il ne se passe rien, sinon que s'y dépose du gras), ne se recharge pas.

Donc depuis tous les ados noirs sont mon potentiel agresseur, pour 1 seconde, le temps que je les dédouane.

Mais je n'ai pas peur.

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La prochaine fois qu'un ado noir viendra vers moi, je serai sur mes gardes car mon cerveau fait son job, il a raison, utilise l'information disponible, son expérience. Ca passera. Parce que mon cerveau est malin, plastique, il aura d'autres choses à emmagasiner, ça l'épuisera.

Apparemment, c'est parce que j'ai du fric, un boulot, que je vis dans un lieu vivant, que je réagis comme ça.

A Brachay, un village où l'on vote à 72% pour Marine Le Pen, il n'y a plus de commerces.

La conclusion s'impose, pour le maire de Brachy : «L’immigration, on ne va pas tourner autour du pot, c’est le problème. Je ne suis pas raciste, les étrangers, on en a eu besoin au moment de la reconstruction d’après-guerre mais, avec la crise et le chômage, on ne peut pas accueillir tout le monde. Ici, il y a juste un Hollandais qui a racheté l’ancien couvent.»

18/03/2013

Qui Mali pense

Je vous ai plutôt laissé vous faire votre opinion sur la légitimité de l'intervention de la France au Mali et ce n'est que 3 mois après ses débuts que je veux vous faire la démonstration de son évidence.

C'est un tailleur de Bamako et moi qui allons démontrer la chose.

Vite, la preuve, la robe, bleue et blanche :

iphone 765.jpg

Et bien sachez qu'aucun de nous deux, le malien et la française, ne voulait de ça.

J'avais donné des instructions, type robe Victorienne, sans employer le mot, car je doute que Downtown Abbey ait un jour du succès à Bamako.

L'idée, c'était de faire un volant après les seins et le volant s'est retrouvé au niveau de mes cuisses.

Ca devait aussi être un décolleté rond et il a opté pour deux cols V, devant et derrière.

On fonctionnait bien pourtant tout les deux, il m'avait copié des robes à merveille.

Mais quand j'ai voulu créer, ça a déconné.

Le col V devant et derrière c'est très africain.

Quand je dis volant c'est une façon d'expliquer que quelque chose devait se passer après les seins.

Partir en vrille.

downton-fashion.jpg

 D'ailleurs dans Downtown, Edith, la moche, ne porte que ça :

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 A ce propos, je me suis toujours demandé comment on présentait les rôles de laids aux acteurs : "bon, je te prends, tu colles parfaitement au rôle qui est celui d'une jeune fille ingrate".

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En tout cas, a total nonsense, d'après my taylor.

Il était pas riche. J'ai pris des photos des vêtements qu'il m'avait faits que j'ai développées sur place pour les lui donner. Il se rendait souvent à l'auberge où nous logions avec son book. J'avais dans l'idée qu'il pouvait devenir tailleur pour européen en présentant ses réalisations pour blanches. Et donc gagner plus d'argent. Ah, ah !

Du coup, la vrille, il a pensé qu'elle aurait plus d'allure au nivau des jambes.

Quand j'ai découvert le machin, forcément, j'étais très déçue. Un magnifique tissu, wax teinté de liberty tendance porcelaine nordique.

Bon, tuons le suspens, 6 ans après, c'est la seule rôbe que j'ai gardée, un bijou.

Quand je prends l'avion je la garde à mes côtés pour qu'elle ne s'égare dans les hangars aéroportuaires du monde. Elle a vu l'Inde, le Brésil, l'Italie tutti quanti.

iphone 797.jpg

Il faut donc revenir à la guerre: la coopération avec l'armée malienne sera fructueuse, aussi étrange puisse-t-elle paraître.

11/03/2013

Comment je suis devenue de droite (à Rio)

Il y avait au Brésil le truc qu'on déteste, les français.

Quelqu'un pour remplir le sac de courses, au supermarché.

Une personne pour faire payer le billet, dans le bus.

5 serveurs par terrasse.

4 personnes pour gérer la queue à l'arrêt de taxi.

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Des boulots inintéresants et inutiles.

Sans doute très mal payés mais un minimum est requis.

 

Ca m'a changée. J'ai pensé à mes visites dans les quartiers d'habitat social, où le taux de chômage est souvent de l'ordre de 25% des habitants. Dans les appartements, ça traîne en jogging, les redif' de Plus belle la vie à fond. Les gens sont jaunes. Bougent pas.

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Le travail comme valeur, j'y crois pas. La gentillesse, l'intérêt pour autrui, la compassion, la solidarité sont des valeurs. Des comportements beaux.

Le labeur n'est pas un idéal à atteindre. Peiner, souffrir, quelle est l'utilité ?

Mais avoir une activité, je le souhaite à tout le monde. Gagner de l'argent, se montrer, rigoler avec les collègues, se jouer du chef, réaliser un truc dans la journée, observer, expérimenter.

Tout cela n'arrive pas quand on est coincé dans son canapé.

Il y a souvent moyen de gagner des degrés de liberté. Au fur et à mesure la pause s'allonge, on apprend à gérer le patron, un respect s'installe, un boulot alimentaire peut finir par plaire.

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Sans compter que dans les sociétés où les emplois déqualifiés sont multipliés, le travail est beaucoup moins stressant pour chacun.

On se ferait peut-être moins aboyer dessus si la serveuse ne gèrait pas seule 30 tables et si le conducteur de bus ne devait pas gérer la monnaie et la route à la fois.

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Notre hantise, c'est le travailleur pauvre. Le boss profiteur. Un siècle de luttes sociales qui seraient bafouées.

La mienne, c'est de voir s'étioler tous les sans-emploi.

Alors oui aux APL élevées, oui à un système public de garde pour la petite enfance aux horaires étendus, oui aux logements sociaux dans les beaux quartiers, oui aux bus qui passent toutes les 10 minutes dans les endroits reculés, oui à un remboursement conséquent des couronnes dentaires.

A fond pour la péréquation et la redistribution.

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Mais l'activité devrait être une valeur de gauche.

Même pour les gens comme moi gâtés qui passent leurs vacances à Rio (visez la mauvaise conscience).