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11/03/2013

Comment je suis devenue de droite (à Rio)

Il y avait au Brésil le truc qu'on déteste, les français.

Quelqu'un pour remplir le sac de courses, au supermarché.

Une personne pour faire payer le billet, dans le bus.

5 serveurs par terrasse.

4 personnes pour gérer la queue à l'arrêt de taxi.

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Des boulots inintéresants et inutiles.

Sans doute très mal payés mais un minimum est requis.

 

Ca m'a changée. J'ai pensé à mes visites dans les quartiers d'habitat social, où le taux de chômage est souvent de l'ordre de 25% des habitants. Dans les appartements, ça traîne en jogging, les redif' de Plus belle la vie à fond. Les gens sont jaunes. Bougent pas.

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Le travail comme valeur, j'y crois pas. La gentillesse, l'intérêt pour autrui, la compassion, la solidarité sont des valeurs. Des comportements beaux.

Le labeur n'est pas un idéal à atteindre. Peiner, souffrir, quelle est l'utilité ?

Mais avoir une activité, je le souhaite à tout le monde. Gagner de l'argent, se montrer, rigoler avec les collègues, se jouer du chef, réaliser un truc dans la journée, observer, expérimenter.

Tout cela n'arrive pas quand on est coincé dans son canapé.

Il y a souvent moyen de gagner des degrés de liberté. Au fur et à mesure la pause s'allonge, on apprend à gérer le patron, un respect s'installe, un boulot alimentaire peut finir par plaire.

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Sans compter que dans les sociétés où les emplois déqualifiés sont multipliés, le travail est beaucoup moins stressant pour chacun.

On se ferait peut-être moins aboyer dessus si la serveuse ne gèrait pas seule 30 tables et si le conducteur de bus ne devait pas gérer la monnaie et la route à la fois.

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Notre hantise, c'est le travailleur pauvre. Le boss profiteur. Un siècle de luttes sociales qui seraient bafouées.

La mienne, c'est de voir s'étioler tous les sans-emploi.

Alors oui aux APL élevées, oui à un système public de garde pour la petite enfance aux horaires étendus, oui aux logements sociaux dans les beaux quartiers, oui aux bus qui passent toutes les 10 minutes dans les endroits reculés, oui à un remboursement conséquent des couronnes dentaires.

A fond pour la péréquation et la redistribution.

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Mais l'activité devrait être une valeur de gauche.

Même pour les gens comme moi gâtés qui passent leurs vacances à Rio (visez la mauvaise conscience).

12/04/2012

Tombeau-ctou two

Le fleuve Niger est traversé mais la ville n'est pas de l'autre côté.

Pas tout de suite là, éloignée de plusieurs kilomètres, dans les terres, au plus près du désert.

Lors de ma deuxième visite, je devais loger chez des amis rencontrés précédemment. Alors nous nous étions mis d'accord par mail quelque temps auparavant. Pas précisément.

L'arrivée, le jour, l'heure, ces informations n'avaient pas été données.

Une fois de l'autre côté du fleuve, j'ai ouvert la fenêtre du 4x4, parlé à un type, un inconnu, il savait que je venais, qui était El Hadje et comment me rendre chez lui.

J'avais compté sur une telle rencontre, j'avais tout misé sur le hasard, pas sur internet, un choix raisonnable, il s'est avéré.

Il savait un peu de tout ça et de manière floue.

Mais nous avons fini par trouver la maison. On était logé gratuitement. C'est-à-dire qu'au bout de quelques jours on a payé la facture d'électricité, les arriérés sinon le courant était coupé.

Le matin, c'était boue verte. Peut-être a-t-on trouvé de la confiture, en tout cas on partageait le pain, eux pour leur soupe peu ragoûtante, nous autrement. Mais le petit-déjeuner était pris en commun.

Puis, on se baladait.

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Il y avait le marché où acheter des fruits, des matchs de foot, quelques discussions, le repos entre midi et deux, à 18h le pain qui sort des fours disséminés dans la ville, dômes de sables, plus tard les brochettes de chèvre, grillées, dégustées dans l'obscurité d'un boui-boui, une bière.

On projetait une promenade dans le désert, on y dormait, chez une Touareg maussade, jolie femme émancipée.

Comme monument on pouvait voir celui dédié à la paix, des armes déposées pour marquer la fin du (d'un) conflit armé avec les Touaregs.

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Les longues silhouettes bleues parcouraient Tombouctou en petits groupes, halte, on me disait qu'ils faisaient commerce de sel, j'avais peine à croire qu'on puisse vivre au 21ème siècle du transport de sel d'un point à l'autre du désert. On les connaissait aussi pour leurs bijoux, conçus dans un argent affreusement léger.

On portait la même coiffe qu'eux, coquetterie sauf en cas de tempête de sable où le foulard entortillé autour de la tête servait bien.

On leur ressemblait. Mais ils bouffaient pas bien. Le sel...

 

07/04/2012

Tombeau-ctou one

Les américains y arrivent en avion. Une respiration en sortant du taxi qui les accompagne à JFK puis débarquent sur la piste sableuse de l'aéroport de Tombouctou.

Une arrivée sur Mars. Idiot.

Le chemin : de Mopti, dégoter un quatre-quatre.

Comment ? Je ne sais pas, un moment vous avez besoin d'un quatre-quatre, faut l'énoncer à haute voix, l'annonce se propage dans la ville, se tranquilliser, quelques heures plus tard dans la journée quelqu'un vous propose un prix pour la virée, vous le négociez, départ.

Il n'y a pas de plaquette avec le nombre de quatre-quatre dans la ville, un tarif moyen, des indications sur le trajet, sa durée, les conditions, l'assurance, les modalités, le dispositif, le fonctionnement, l'organisation, le pilotage de la prestation.

Le 4x4 est là à l'heure dite.

Il y a une route. Mais elle est empruntée par les camions qui la défoncent. Elle est refaite. Les camions repassent, le manège des camions ne s'arrête jamais, sauf en cas de coup d'Etat.

La piste est défoncée, la voiture bringuebale, c'est un long tape-cul, 5 à 6h.

La promenade est-elle belle ?

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ici

C'est de la terre avec des brins d'herbe. Pas majestueux. De la verdure rare.

On poursuit, sans raison de stopper jusqu'au fleuve.

Pas n'importe où.

Parfois, on panique, on est perdu, on ne trouve pas le point précis où embarquer pour traverser le fleuve.

On s'imagine alors que de la terre envahie de maigres bosquets, c'est comme du désert, parce qu'on tourne, comme un frère Dupond, une certaine angoisse se mêle à l'excitation, que fera-t-on si la nuit se lève et que l'on arrive trop tard pour prendre le bac et à quelle heure est le dernier départ ?

Oui, quelle heure, puisque l'on n'a jamais vu de dépliant sur le trajet pour relier Tombouctou, avec les horaires du bac par exemple.

Le chauffeur du quatre-quatre sait, par qui l'a-t-il appris ?

Il retrouve ses esprits, le bon chemin, c'est là qu'arrivera le bac.

Rien ne l'indique, pas de pancarte, d'autres gens qui l'attendent, on se regarde, pas de guérite, le moindre signe que c'est là.

Mais c'est là.

 

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05/01/2012

Voir Firenze et payer

Brice, Brice, Brice, bébé.

Un peu plus et je vais devenir Chevènementiste. Une maladie qui a traîné dans la famille mais que nous avons heureusement su éradiquer.

Lundi matin, Sapir nous joue le couplet de la fin de l'euro sur France Culture. Je n'essaierai même pas de prétendre que j'ai un avis qui vaut le coup sur ce point, blublublu comme dirait ma regrettée collègue.

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Couturier résolument opposé fourbissait ses arguments contre une dévaluation d'un franc qui serait renaissant.

Le pétrole ! 

Ca n'a pas marché, parce son prix est en grande partie constitué de taxes. On pourrait toujours en acheter plein, avec notre monnaie de singe, se faire des bains de bouche, s'en arroser, se rouler dans le pétrole.

L'orgie pétrolière toujours à notre portée.

C'est là que ma position sur l'économie européenne a vacillé.

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Le pauvre garçon, Brice Couturier, que je présume informé [huge fan, en général], n'a trouvé d'autre riposte que le voyage en Italie.

Comment ferait-on pour passer nos vacances en Italie si la valeur de notre monnaie était abaissée ?

Une question "confondante de naïveté bourgeoise", comme dirait une autre collègue, en forme.

Sapir s'est retenu d'effectuer une danse de joie et a doucement demandé "Vous savez combien de français passent leurs vacances à l'étranger ?"

Brice, blanc, on l'imagine, joue l'agacement : "non". Il se sait au tapis.

Au tapis par Sapir (pigé ?)

Rajoute, livide "Je ne l'ai pas en tête". Notre oeil.

L'autre, susurrant annonce 10%.

Moins de 10%, mégotons.

Mais moi je souhaite garder cette liberté.

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Pardon : "Mais moi je souhaite garder cette liberté", dit le chroniqueur de France Culture.

Pas moi, je ne l'ai pas dit.

Cent-trente-deuxième minute, la vérité sort de la bouche de l'élite.

J'en suis ! Supprimez-moi mes escapades en Autriche, à Helsinki et New Dehli et je dépérirai, toute casanière que je suis.

Je souhaite garder la liberté de voyager.

Sapir, rassurant : vous pourrez toujours.

Mais il faudra payer.

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Sans blague, tu t'imagines passer une semaine à Marrakech avec le pouvoir d'achat d'un marocain ? Ou une semaine à Bamako avec le pouvoir d'achat d'un Malien ? Ou une semaine dans n'importe quel foutu pays sous-développé avec le même pouvoir d'achat que les foutus sous-développés qui le peuplent ?

FAUT PAS DECONNER.

Pire : se retrouver à Rome avec le pouvoir d'achat d'un ouvrier chinois d'une usine de confection de vêtements H&M Trend ?

FAUT PAS DECONNER.

Du coup, Brice, coincé, a dit que le système proposé par Sapir était "autoritaire". Très peur. Fait très très peur, les systèmes autoritaires.

J'attendais tremblante la suite, vu que ce monsieur Sapir, comme l'avait assuré Couturier, est repris à l'envi par les Frontistes.

"Le contrôle des changes est un système autoritaire".

Les Iraniens seraient ravis d'échanger leur théocratie contre une monnaicratie.

Ca ferait de bien drôles de dissidents. 

L'archipel du taux de change, faudrait écrire. 

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Y avait quand même dans le ciboulot de Brice cette hypothèse qui devait tourner en boucle ("si 10% des français partent à l'étranger tous les ans, peut-être qu'il y a un roulement et qu'au bout de 10 ans, tous les français sont allés un jour à l'étranger ?") parce qu'il a ensuite tenté d'accuser Sapir d'être à l'origine de la banqueroute de l'Etat russe de 1998. Mais ce dernier ne conseillait pas le gouvernement russe à cette époque donc ça n'allait pas, comme accusation.

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C'était dur, après, parce que je sortais quasi de cette matinale en souverainiste.

Ce que je ne souhaite pas.

On m'a dit qu'ils n'avaient pas de très jolies peaux.

29/12/2011

Ce champ doit être renseigné (naissance de la psychanalyse)

On pouvait se déplacer à Vienne ou lire la notice Wikipedia de Thomas Bernhard, grouillant de citations suffisamment explicites sur l'atmosphère du lieu.

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"Nous Autrichiens sommes apathiques ; nous sommes la vie en tant que désintérêt général pour la vie".

Suffira-t-il de préciser les horaires d'ouverture des boutiques en cette période fiévreuse de fêtes de Noël pour vous en faire ressentir le Zeitgeist ?

Vous en demandez plus.

Notez néanmoins que du samedi 24 décembre 14h au mardi 27 décembre 9h, il ne put être question que le moindre magasin autre que de regrets souvenirs fut ouvert.

Ni pharmacie, ni tabac, ni supérette. Prenez vos précautions. Un sport national, dans cette ville bien trop fournie en coiffeurs, un signe indiscutable d'une pyramide des âges préoccupante pour le renouvellement des générations (si tant est que ce soit un but en soi).

Qui le sait ?

Ah.

Lui ?

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Il reste des bribes de vie, à Vienne, telle cette lettre manuscrite, conservée, de Freud à Schnitzler, dont je ne peux vous traduire le contenu bien que je connaisse un morceau de celle qu'il écrivit 3 semaines plus tôt (le 14 mai 1922) et qui dit : " Je vais vous faire un aveu que vous aurez la bonté de garder pour vous par égard pour moi et de ne partager avec aucun ami ni aucun étranger. Une question me tourmente : pourquoi, en vérité, durant toutes ces années, n'ai-je jamais cherché à vous fréquenter et avoir avec vous une conversation ?".

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Arthur a-t-il tenu sa langue ou était-ce là pure figure de rhétorique ?

Mystère.

(Un autre : conservera-t-on les textos que Gérard Miller envoie possiblement à Beigbeider ?)

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En tout cas, la mort d'aucun des deux ne sera annoncée dans France Soir.

Avec tout "ça" (des pulsions surtout), on en oublierait là où le coeur palpite, à Vienne.

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Les écuries !

(Vous avez pensé "Cafés Viennois", je me doute, je dois vous décevoir).

L'école espagnole d'équitation !

Les gars (les Autrichiens) sont des catholiques aussi, c'est bien un peu militaire (la germanité), l'entraînement du matin, auquel vous assistez en touriste accompli mais il y a également ces gestes d'affection envers les chevaux quand ils réussissent leur... tour, des petites sucreries données au creux de la main, les tapettes sur l'encolure.

Ca me fait penser.

Je n'ai pas encore évoqué mon expérience de CAVALIERE.

 

...

 

On y viendra sûrement.

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En bonus, le cadeau de Noël d'une petite fille viennoise qui s'est fait fichtrement avoir

01/12/2011

Sous le beau ciel de Nuevo Laredo

Au Mexique, des internautes se font assassiner par un cartel de la drogue, les Zetas.

Parfois décapiter.

Ce qui est un peu logique pour des Anonymous.

Mais en général c'est juste des internautes comme vous et moi, sauf que leur Facebook c'est Nuevo Laredo en Vivo, un site qui recense les activités criminelles des narcos.

Nous sur Facebook, on fait pareil, on dénonce des choses, comme le 120m2 de Chevènement à 1500€ dans le 5ème.

Seulement, on nous laisse relativement tranquille, après. On fait "Arrêter l'ordinateur" et pof. Eux, s'ils se font tuer on met une note explicative à côté de leur cadavre :

"Voilà ce qui m’est arrivé pour ne pas avoir compris qu’il ne fallait pas que je poste certaines choses sur les réseaux sociaux."

Ils ont des blogs aussi, Blog del Narco par exemple. Ça annonce les morts liées au trafic de drogue. Comme sur tout blog on peut commenter. Mais c'est un peu dangereux si on tombe sur votre identité réelle et qu'on vous retrouve. Là, bon, un des risques c'est ça :

mexique,voyage

Ici, le petit message pour expliquer le geste est :

"This is what happens to people who post funny things on the Internet. Pay attention."

mexique,voyage

Une "funny thing" qu'on a postée sur mon mur.

IL VAUT MIEUX EVITER MR BLOG-TROTTER. T'entends ?

Enfin, ils ont un wiki, WikiNarco, spécialisé dans la cartographie des cartels. Très informatif, pédagogique, chapeau. Vraiment pas cheap, avec une animation interactive. Splash, localisation des meutres, arrestations, ventes, affrontements armés.

Faut croire qu'on ne vit pas dans le même monde virtuel.

Pourquoi font-ils tout ça, les citoy-nautes de Mexico ?

Parce que la situation est telle que les médias traditionnels ont abandonné la partie, à force de contrats pesant sur leur tête.

Rassurez-vous, ça n'intéresse pas non plus leurs confrères français qui se contentent de paraphraser les dépêches AFP.

Eh oui, c'est toujours les gentils blogueurs martyrisés contre les méchants journalistes...

Alors je vous propose, pour que nous aussi on puisse frissonner, d'hashtaguer #NuevoLaredo sur twitter pendant quelques jours, le temps qu'un nouveau billet sur mon chien nous divertisse assez pour oublier ces pauvres mexicains.

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Je vous demande de vous arrêter.