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18/03/2013

Qui Mali pense

Je vous ai plutôt laissé vous faire votre opinion sur la légitimité de l'intervention de la France au Mali et ce n'est que 3 mois après ses débuts que je veux vous faire la démonstration de son évidence.

C'est un tailleur de Bamako et moi qui allons démontrer la chose.

Vite, la preuve, la robe, bleue et blanche :

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Et bien sachez qu'aucun de nous deux, le malien et la française, ne voulait de ça.

J'avais donné des instructions, type robe Victorienne, sans employer le mot, car je doute que Downtown Abbey ait un jour du succès à Bamako.

L'idée, c'était de faire un volant après les seins et le volant s'est retrouvé au niveau de mes cuisses.

Ca devait aussi être un décolleté rond et il a opté pour deux cols V, devant et derrière.

On fonctionnait bien pourtant tout les deux, il m'avait copié des robes à merveille.

Mais quand j'ai voulu créer, ça a déconné.

Le col V devant et derrière c'est très africain.

Quand je dis volant c'est une façon d'expliquer que quelque chose devait se passer après les seins.

Partir en vrille.

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 D'ailleurs dans Downtown, Edith, la moche, ne porte que ça :

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 A ce propos, je me suis toujours demandé comment on présentait les rôles de laids aux acteurs : "bon, je te prends, tu colles parfaitement au rôle qui est celui d'une jeune fille ingrate".

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En tout cas, a total nonsense, d'après my taylor.

Il était pas riche. J'ai pris des photos des vêtements qu'il m'avait faits que j'ai développées sur place pour les lui donner. Il se rendait souvent à l'auberge où nous logions avec son book. J'avais dans l'idée qu'il pouvait devenir tailleur pour européen en présentant ses réalisations pour blanches. Et donc gagner plus d'argent. Ah, ah !

Du coup, la vrille, il a pensé qu'elle aurait plus d'allure au nivau des jambes.

Quand j'ai découvert le machin, forcément, j'étais très déçue. Un magnifique tissu, wax teinté de liberty tendance porcelaine nordique.

Bon, tuons le suspens, 6 ans après, c'est la seule rôbe que j'ai gardée, un bijou.

Quand je prends l'avion je la garde à mes côtés pour qu'elle ne s'égare dans les hangars aéroportuaires du monde. Elle a vu l'Inde, le Brésil, l'Italie tutti quanti.

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Il faut donc revenir à la guerre: la coopération avec l'armée malienne sera fructueuse, aussi étrange puisse-t-elle paraître.

12/04/2012

Tombeau-ctou two

Le fleuve Niger est traversé mais la ville n'est pas de l'autre côté.

Pas tout de suite là, éloignée de plusieurs kilomètres, dans les terres, au plus près du désert.

Lors de ma deuxième visite, je devais loger chez des amis rencontrés précédemment. Alors nous nous étions mis d'accord par mail quelque temps auparavant. Pas précisément.

L'arrivée, le jour, l'heure, ces informations n'avaient pas été données.

Une fois de l'autre côté du fleuve, j'ai ouvert la fenêtre du 4x4, parlé à un type, un inconnu, il savait que je venais, qui était El Hadje et comment me rendre chez lui.

J'avais compté sur une telle rencontre, j'avais tout misé sur le hasard, pas sur internet, un choix raisonnable, il s'est avéré.

Il savait un peu de tout ça et de manière floue.

Mais nous avons fini par trouver la maison. On était logé gratuitement. C'est-à-dire qu'au bout de quelques jours on a payé la facture d'électricité, les arriérés sinon le courant était coupé.

Le matin, c'était boue verte. Peut-être a-t-on trouvé de la confiture, en tout cas on partageait le pain, eux pour leur soupe peu ragoûtante, nous autrement. Mais le petit-déjeuner était pris en commun.

Puis, on se baladait.

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Il y avait le marché où acheter des fruits, des matchs de foot, quelques discussions, le repos entre midi et deux, à 18h le pain qui sort des fours disséminés dans la ville, dômes de sables, plus tard les brochettes de chèvre, grillées, dégustées dans l'obscurité d'un boui-boui, une bière.

On projetait une promenade dans le désert, on y dormait, chez une Touareg maussade, jolie femme émancipée.

Comme monument on pouvait voir celui dédié à la paix, des armes déposées pour marquer la fin du (d'un) conflit armé avec les Touaregs.

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Les longues silhouettes bleues parcouraient Tombouctou en petits groupes, halte, on me disait qu'ils faisaient commerce de sel, j'avais peine à croire qu'on puisse vivre au 21ème siècle du transport de sel d'un point à l'autre du désert. On les connaissait aussi pour leurs bijoux, conçus dans un argent affreusement léger.

On portait la même coiffe qu'eux, coquetterie sauf en cas de tempête de sable où le foulard entortillé autour de la tête servait bien.

On leur ressemblait. Mais ils bouffaient pas bien. Le sel...

 

07/04/2012

Tombeau-ctou one

Les américains y arrivent en avion. Une respiration en sortant du taxi qui les accompagne à JFK puis débarquent sur la piste sableuse de l'aéroport de Tombouctou.

Une arrivée sur Mars. Idiot.

Le chemin : de Mopti, dégoter un quatre-quatre.

Comment ? Je ne sais pas, un moment vous avez besoin d'un quatre-quatre, faut l'énoncer à haute voix, l'annonce se propage dans la ville, se tranquilliser, quelques heures plus tard dans la journée quelqu'un vous propose un prix pour la virée, vous le négociez, départ.

Il n'y a pas de plaquette avec le nombre de quatre-quatre dans la ville, un tarif moyen, des indications sur le trajet, sa durée, les conditions, l'assurance, les modalités, le dispositif, le fonctionnement, l'organisation, le pilotage de la prestation.

Le 4x4 est là à l'heure dite.

Il y a une route. Mais elle est empruntée par les camions qui la défoncent. Elle est refaite. Les camions repassent, le manège des camions ne s'arrête jamais, sauf en cas de coup d'Etat.

La piste est défoncée, la voiture bringuebale, c'est un long tape-cul, 5 à 6h.

La promenade est-elle belle ?

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ici

C'est de la terre avec des brins d'herbe. Pas majestueux. De la verdure rare.

On poursuit, sans raison de stopper jusqu'au fleuve.

Pas n'importe où.

Parfois, on panique, on est perdu, on ne trouve pas le point précis où embarquer pour traverser le fleuve.

On s'imagine alors que de la terre envahie de maigres bosquets, c'est comme du désert, parce qu'on tourne, comme un frère Dupond, une certaine angoisse se mêle à l'excitation, que fera-t-on si la nuit se lève et que l'on arrive trop tard pour prendre le bac et à quelle heure est le dernier départ ?

Oui, quelle heure, puisque l'on n'a jamais vu de dépliant sur le trajet pour relier Tombouctou, avec les horaires du bac par exemple.

Le chauffeur du quatre-quatre sait, par qui l'a-t-il appris ?

Il retrouve ses esprits, le bon chemin, c'est là qu'arrivera le bac.

Rien ne l'indique, pas de pancarte, d'autres gens qui l'attendent, on se regarde, pas de guérite, le moindre signe que c'est là.

Mais c'est là.

 

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01/08/2011

L'expulsion du 94 rue des Sorins

Le squat de maliens, mes voisins, était en sursis depuis plusieurs semaines.

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Ce week-end, des hordes de CRS ont investi le quartier pour les déloger.

Je l'ai découvert en allant promener Bambi, les cheveux fous, aveugle, endormie, peu ragoûtante.

Le premier CRS samedi matin à m'adresser la parole a souhaité connaître l'adresse de la boulangerie la plus proche. J'ai répondu en toute honnêteté.

Il y en avait vraiment plein. Des CRS.

50 camions.

Ils occupaient le carrefour, les rues alentours, bloquant le passage à tous ceux, les riverains, qui n'avaient pas pris soin d'emporter avec eux leur dernière facture EDF pour rentrer chez eux. Ou un chien reconnaissable qui permette de franchir les barricades.

J'ai regardé, j'ai demandé aux civils qui ils étaient, je les prenais pour les cools, qui relogent, c'était la Préfecture.

Ils envoyaient des familles à l'hôtel, je ne pouvais pas tout à fait leur en vouloir même si je me sentais bien en face d'un feu de forêt, la destruction d'un écosystème.

Au fil des mois j'avais vu le cocon s'aménager, on apportait ceci, cela, l'électricité, l'eau, les cordes à linge. De loin, je voyais ça, 300 personnes, un petit village de montagne.

J'ai regardé l'affaire en témoin, le deuxième CRS à m'adresser la parole m'a demandé de dégager, poliment car c'est très important pour eux la politesse, ils vous en parlent tout le temps. Alors qu'on veut les gifler.

On est bête ?

J'ai rétorqué que j'avais le droit de rester. Ca l'a désorçonné car j'avais parlé très doucement. Pourquoi ? Parce que c'était ma rue. C'était pas un si mauvais argument de son point de vue en effet il a hésité. Puis m'a prévenue que je ferais mieux d'avoir ma carte d'identité sur moi. J'ai dit que je n'avais aucun problème d'identité, qu'il ne s'inquiète pas.

Je suis alors retournée chez moi, laissant la quête de clopes de côté. Pour "prévenir". A l'Iranienne.

J'avais un compte Twitter depuis des semaines et j'avais beau foutre des # à tous les mots je ne voyais pas de révolution se propager sous mes yeux. Des gens se disent "bonne nuit", des gens écrivent qu'ils ont trop bu et renvoient vers des papiers de Libération auquel l'acheteur lambda du quotidien accède tous les matins sans faire tout ce tralala. Ils font aussi des photos de steak frites.

J'ai prévenu mes 20 abonnés qu'il y avait une expulsion. Heureusement parmi eux, une élue a relayé, on ne peut pas exclure que la rixe qui a eu lieu en fin de journée près des lieux me soit attribuable.

Je rigole.

Personne ne retweetait rien donc je suis repartie sur le terrain. En emportant mon appareil photo. J'attendais d'avoir des consignes pourtant.

J'ai regardé de nouveau, toujours gênée puis j'ai franchi le check point pour aller au tabac, faire 2 ou 3 courses. J'ai parlé avec des journalistes pas bien efficaces qui exigeaient des CRS de se tenir correctement pour qu'ils puissent faire un beau plan large.

J'ai refranchi la ligne sans un mot, ils se sont dit entre eux, les CRS, qu'ils m'avaient déjà vue, surtout le chien, donc je n'ai pas eu à parlementer.

 

A ce moment-là une trombe d'habitants du squat sont arrivés vers moi, je n'existais pas, j'étais transparente, ils sortaient du squat et du périmètre de sécurité, ils étaient libres et expulsés puisqu'ils ne faisaient pas partie de ceux qui seraient amenés en centre de rétention. On peut imaginer que ce groupe avait des papiers.

Et beaucoup de bagages, des matelas aussi, on pensait "les chassés-croisés" de l'été mais ce n'était pas non plus ça. Pas des juilletistes.

Je peux pas m'empêcher de dire la vérité, ils n'étaient pas nerveux et ils ont fait ce sacré truc africain ils rigolaient.

Ca m'avait toujours plu qu'ils habitent à côté parce que j'entendais du bambara, on se parlait pas trop, ils étaient beaucoup trop nombreux pour ça je ne savais jamais si je rencontrais la même personne, y a aucun lien qui s'est créé. Sauf quand il y a eu l'incendie au squat, j'ai imprimé des feuilles avec l'adresse, le numéro de téléphone en gros caractère du DAL et je leur ai données. J'avais dû mettre une autre référence mais je ne m'en souviens plus maintenant, la CIMADE peut-être.

J'ai fait un adieu muet dans ma tête, c'était très triste, je suis rentrée.

09/05/2011

Dégats chez les Dogons

Pourquoi les Dogons existent, ce n'est pas si simple :

"Amma, le dieu suprême a créé le monde par la parole en même temps que des jumeaux en forme de longs poissons. L’un des jumeaux, Ogo, se rebelle pendant la gestation et s’enfuit avec un morceau de placenta qui deviendra la Terre. Amma le transforme en renard et lui retire la parole, mais il peut communiquer avec les hommes par ses empreintes... Pour rétablir l’ordre, Amma doit sacrifier l’autre jumeau, Nommo. Il est découpé en quatre et ses membres placés aux quatre points cardinaux, ainsi créés, en même temps que les astres, les plantes et les animaux. Mais heureusement, Nommo est ressuscité quand Amma façonne à partir du placenta qui l’a abrité les huit ancêtres mythiques : quatre hommes et quatre femmes, en guise d’Adam et Eve. Amma construit une arche - étrange écho d’une histoire mieux connue - puis y place les quatre couples, Nommo ressuscité, et puis les choses et les éléments. L’arche s’écrase en tombant du ciel, et les ancêtres, dont les corps étaient souples à l’origine, ont les membres fracturés. D’où les articulations humaines. Nommo devient cheval, tire l’arche vers une mare, formée par la première pluie tombée sur la Terre, et enseigne aux hommes le langage, le tissage et l’agriculture."

A côté de ça, notre civilisation est d'une simplicité biblique : "Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre."

[Mais ne nous enthousiasmons pas trop pour les primitifs car comme disait Saul Bellow "Montrez-moi le Proust des Papous ou le Tolstoï des zoulous et je les lirai !".]

Moi, j'irai pas au Quai Branly voir l'expo. Les sculptures en bois, ça me dit pas plus que ça.

"Montrez-moi le Rodin des Dogons et..."

D'ailleurs j'ai, à la maison.

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Ca y ressemble, en tout cas. Je l'ai échangé, là-bas, contre le paiement d'une facture d'électricité.

Oui bah c'est pas parce qu'on est sympa qu'on peut pas faire sa blanche de temps en temps.

Pour eux c'était un tabouret lambda. Même pas l'équivalent d'un TamTam, si ça se trouve, qu'est officiellement du Design.

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Du Design Dogon ?

Seulement, un chien en visite chez moi l'a dégradé :

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S'il avait pissé sur mon Picasso je n'en aurais pas été plus triste.

03/11/2010

Ils pourraient avoir intégration

(pas la même intégration que moi, il va sans dire)

Mon ami Hugues Lagrange fait le buzz parce qu'il a osé écrire ce que beaucoup pensent tout bas.

Les noirs ne savent pas élever leurs enfants.

N'ayant pas de diplôme d'anthropologue en poche, je lui suggère de s'intéresser à la situation socio-économique de ces familles avant de nous casser les couilles.

"Au sein des populations défavorisées, les enfants d’immigrés sont en moyenne inscrits dans une trajectoire scolaire plus positive que les autres élèves.

L’explication principale de ce dernier résultat est à rechercher dans les aspirations
éducatives plus fortes et les demandes d’orientation plus ambitieuses qu’expriment les familles immigrées, comparativement aux autres familles dotées des mêmes ressources matérielles et culturelles.

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C’est l’appartenance à des familles nombreuses dans les milieux sociaux les plus défavorisés – et, vraisemblablement, les situations de très grande difficulté scolaire qui lui sont associées – qui constitue le facteur explicatif primordial [du niveau scolaire].

Lors de l’entrée en sixième, les enfants d’immigrés ont obtenu de moins bonnes performances que leurs condisciples aux épreuves standardisées de français et de mathématiques [Vallet et Caille, 1996b]. Ces écarts sont toutefois inférieurs à ceux observés pour la catégorie sociale d’appartenance, le diplôme de la mère ou la taille de la famille. À situation familiale et sociale identique, l’écart s’avère plus réduit encore en mathématiques : ni l’ancienneté en France des parents, ni la nationalité regroupée, ni la langue parlée à la maison n’affectent significativement les performances des élèves.

 

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En comparaison des familles de mêmes caractéristiques socio-démographiques dont l’enfant obtenait, à l’entrée en sixième, des performances scolaires analogues, les familles immigrées souhaitent plus fréquemment que celui-ci poursuive ses études jusqu’à 20 ans et plus. Cette aspiration à des études longues culmine dans les familles d’un pays du Maghreb ou du reste de l’Afrique.

 

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L’analyse longitudinale des parcours des enfants d’immigrés ne conduit donc pas à conclure à leur échec scolaire massif, mais elle souligne en premier lieu que les ressources socio-économiques et culturelles du milieu familial forment les déterminants premiers de la réussite à l’école."

Est-ce que vous attendez vraiment une conclusion de ma part ?