12/11/2012
Hopper Hoper
Passons direct à l'assertion, troublante, qui m'a fâchée, un jour autour de mes 17 ans, lorsqu'un anglais, un John Smith, un très joli garçon blond, Lord Fontleroy accompli, petit-ami de ce qu'on appelait une « correspondante », une fille anglaise qui m'accueillait chez elle pour qu'on parle anglais, on le faisait, du haut de l'escalier couvert d'une moquette douteuse couleur carmin à motifs entrelacés d'une petite maison londonienne : « C'est pas une peinture bourgeoise, Hopper ? ». Alors que je l'avais cité comme mon peintre préféré, lorsqu'il m'avait fallu dévoiler mes goûts en matière d'art.

A cette époque, rien n'était pire que d'aimer des choses bourgeoises.

i.e. établies, institutionnelles, peu courageuses, lisses, décoratives, ronflantes, gonflantes, consensuelles.

L'art bourgeois à cette époque j'aurais dit David, je croyais que c'était le vieux, le doré, les capes en pourpre, les parquets cirés. Ou des scènes de chasse ?

On ne pouvait donner tort à Mr. John Smith d'un revers de la main : des scènes de personnes issues de la bourgeoisie, des maisons bourgeoises, une ville bourgeoise, des travailleurs bourgeois, des activités bourgeoises, des cafés bourgeois, une esthétique bourgeoise.
Pas comme les peintres du ashcan, ces apôtres de la misère (gauchistes !).

Fallait-il vivre dans ses décors pour l'apprécier ? Etions-nous ému d'être enfin représentés, et plus seulement des rois, des reines, des vierges, des anges, des dévots, des petites gens, pêcheurs, hollandais, des ombres ?

Je peux traîner longtemps des énigmes. Pas les matheuses, qu'on résoud la nuit.

On devait acquiéser car : aucune subversion, pas de corps déformés, type cube, ni de caca sur la toile, de lignes brisées, d'aplats de couleur et stop m'en demandez pas plus (Klein d'oeil) ?
Plutôt, sympa ?

Ce type s'était-il contenté de prendre des photos avec un appareil numérique qui n'existait pas encore sur des tournages de cinéma qui n'avaient pas lieu ?

Ce type était-il juste complètement sourdingue ? A ce titre peu opérationnel pour envisager que des mots doux puissent s'échanger ?

Ce type, au passé de publicitaire, nous vendrait-il juste des trucs de l'Amérique ?

Un peintre excluant toute représentation de la violence (son histoire), alors qu'on sait, nous ce qu'il en est de nos cousins américains (ces bourrins).

On nous apprendra pourtant qu'il annonce la rigueur ultramoderne du minimalisme new-yorkais. "A son insu", l'incise est d'importance, mais ça aurait pu redorer le blason de ce brillant coloriste.

Et puis, l'émancipation de la femme, chouette, Jo et Edward, couple bourgeois s'écharpant pour un peu de célébrité, oh que oui c'est bourgeois, ça.

Non.
Non Marx.
Tes classes sociales, tu sais où tu te les mets ?
08:43 Publié dans La culture pour les excellents | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : nighthawks, noctambules, exposition, edward hopper, hopper, art, peinture, grand palais, néo-réalisme, modernité, figuratif, reproduction, meme |
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Commentaires
j'adore le Hopper-Lego!!
sinon, j'ai vu l'expo, j'ai bcp bcp aimé
Écrit par : jicky | 29/11/2012
j'aime bien le 27me, dépouillé.
Et j'y vais le 11. Le 11. Et j'ai osé écrire sans l'avoir vue, l'expo. On se permet vraiment tout.
Écrit par : Ema | 03/12/2012
Belle collection ! Moi j'ai utilisé l'expo Hopper pour détourner l'attention du mec de la mammographie, pour qu'il remarque pas que je transpirais sous les bras comme une vache terrifiée. C'est là au cas zoù : http://www.murielgilbert.com/chroniques/mammographie-cancer-sein-suspense-jai-peur/
Écrit par : la vie en presque rose | 21/02/2013
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