24.11.2011
Le paradoxe de l'originalité
C'est moche.

Pour sûr, c'est une bien triste vérité, pour les modeuses averties, de n'être jamais plus semblables aux autres que lorsqu'elles s'essaient à un peu d'originalité.
Prenez ce manteau, ni trench, ni trois-quart, pas militaire encore moins officier, pas plus boule que d'homme, ni pardessus ni redingote, pas cape pas robe de chambre, ni peau lainée ni évasé.

Un hybride joli de l'hiver 2010, mi-duffle-coat, mi-parka, mi-paletot qui s'est arraché comme des petits pains au coût de 495 baguettes.

Du tellement jamais-vu qu'il a fait craquer le coeur des avant-gardistes, sommées de se différencier.

Mais dans une société qui exige d'innover, nombreuses ont été celles qui ont voulu se distinguer.

L'engouement fut donc létal et tua dans l'oeuf toute velléité de s'illustrer.

L'histoire ô combien moderne pourrait s'arrêter là, sur un nouveau mais petit échec dû au foutu besoin de se faire remarquer.
Malheureusement, en cet hiver 2011, le manteau Maje n'est toujours pas devenu un classique et continue de se faire repèrer.
Et il a essaimé, ersatz après ersatz.

Nouvelle humiliation, pour les fashionistas friquées, et cruelle injustice : il est à la fois trop remarquable et trop porté.
Sa forme détonne et pourtant nulle rareté.

Ecoutez, j'en croise au bas mot 5 par journée.
Faillite donc du capitalisme d'innovation puisqu'il ne produit pas réellement de la singularité.
Plutôt la frustration de n'être qu'une page de photocopie.
Or, personne ne nous ressemblera si nous ne cherchons plus à trancher.
Vouloir se démarquer, c'est déjà faire trop de cas des autres.
Aussi, ces sociétés dites de masse ne produisaient sûrement pas moins d'individualités.
On nous les vend, les anciens, comme un troupeau d'humains normés mais c'était leur liberté d'être indifférents à l'originalité pour laisser se déployer... de belles personnalités ?
Et je ne parle pas des princes et princesses de ces sociétés.
"Tant que l’ordre des choses avait permis aux privilégiés de faire des folies et de jouer aux originaux aux frais des pauvres gens, il avait été facile de prendre pour de la personnalité ces pitreries, ce droit d’être inutile dont jouissait une minorité aux dépens de la masse!
Mais dès qu’on avait vu se relever les humbles, dès qu’on avait aboli les privilèges de la bonne société, tout le monde s’était décoloré; chacun, sans regret, avait renoncé à une originalité de pensée qu’il n’avait jamais eue réellement"
Citation tirée de... Mais de quoi ? Trouvez !
08:10 Publié dans Ne pas sortir nu | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : maje, manteau, duffle-coat, alenxia, cape, rosanvallon, docteur jivago, boris pasternak, littérature |
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Commentaires
ema, tu es la seule personne capable de me faire gober les laxatifs (les fondamentaux ?) de la mode sans que ça ne me destroy définitivement le gros colon.
Je dis Bravo.
Écrit par : MHPA | 24.11.2011
Ah, MHPA, que la journée commence bien, quand je vois que je peux t'intéresser à un manteau Maje !
Bon, pas tout ça, je file à St-Naz'
Écrit par : Ema | 24.11.2011
"Pendant les quelques jours qui suivirent, il découvrit à quel point il était seul. Il n’en faisait reproche à personne, il avait apparemment recherché cette solitude et l’avait obtenue.
Ses amis lui semblaient étrangement ternes, décolorés. Chacun avait perdu son univers propre, ses opinions à lui. Dans ses souvenirs, ses amis avaient plus de vigueur. Sans doute les surestimait-il, autrefois."
Il me semble que le capitalisme vit exactement de ça. Apple manie ça très bien. Mais le poulet à 5 euros le kilo au supermarket, c'est un peu pareil : l'illusion que tout le monde peut se parer des ors des happy few. " - Do you belong ? - Well, kind of ..."
Écrit par : laurent | 24.11.2011
Excellent ton article, je suis tout à fait d'accord avec toi, aussi fou que ça puisse paraître! Et oui j'ai découvert ton blog car tu y as mis une photo du mien que j'ai lancé il y a peu.
J'ai eu un vrai coup de coeur l'an dernier pour ce manteau mais trouvais le prix indécent, quand j'ai trouvé cet ersatz il m'a plu mais j'ai vraiment hésité à l'acheter... de peur de le voir partout! Et c'est le cas, je n'arrive pas à le porter du coup donc je vais le revendre ;-)
Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis après tout.
Sur ce je vais découvrir davantage ton blog car ta façon d'écrire me plait.
Karine- www.uneparenthesemode.wordpress.com
Écrit par : Karine-Une parenthèse mode | 24.11.2011
Probablement comme Laurent, extraits du Docteur Jivago de Pasternak.
Mais même pas drôle, copier coller et glou...
Moi j'aurais dit Roland Barthes, mais ç'aurait été pour faire le mariole. De toute façon vous n'aimez que les russes, avec des guerres, des folies et des sagas tentaculaires. Si a 30 ans on n'a même pas été capable de mourir soit de chagrin, soit de vilaines blessures dûes à des bayonnettes ennemies ou à l'incendie de la Sibérie, vous nous méprisez à jamais.
Vous êtes dure avec nous.
(quant au manteau dont il est question, on préfère largement la Suzanne)
Écrit par : PhilippeC | 24.11.2011
Suis tout d'accord avec PhilippeC. Par contre, j'ai cessè de rechercher l'originalité à tout crin : je suis si unique, je me suffis à moi-même pour être original... ;-)
Écrit par : Lord de Winter | 24.11.2011
Laurent : cette lecture de Jivago m'a au moins servi là. car c'est un enfer pour moi de revenir sempiternellement à la première page qui décrit les protagonistes de l'histoire. J'oublie tout.
Je ne suis pas absolument contre la modernité, mais cette idée que "ceux d'avant" étaient des veaux me chiffonne.
Karine : c'est gentil ! Bon, j'aurais quand même dû préciser dans l'article que je suis une bonne suiveuse quand il faut et que je trouvais par ailleurs ce manteau très joli. Mais vraiment, je bosse à un endroit où c'est l'épidémie. Quand il se fondra dans la masse, ça ira mieux...
PhilippeC : vrai que tous ont leur chance avec moi, les russes. Ai découvert la Russie à 16 ans, 15 jours pendant leur parenthèse enchantée, entre communisme et elstine. Ce dernier nous apparaissant comme un fameux démocrate aujourd'hui.
Mais c'est longuet, Jivago. Et lui et Lara n'ont toujours pas couché ensemble.
Lord : ça demande beaucoup de hauteur, de se suffire à soi-même. Moi, j'ai acheté pas cher une robe en dentelle orange parce que j'avais appris dans ELLE que dans quelques mois j'en voudrais certainement une.
Sur ce : dodo. Demain c'est Cherbourg. Ce cher bourg, si j'osais...
Écrit par : Ema | 24.11.2011
Image-icone en polychromie pétante : Ema aux Komsomols avec foulard rouge, poing levé et chant révolutionnaire, haranguant la classe de 1ère dans son lycée très parisien.
En fait, elle, n'a pas changé.
Écrit par : PhilippeC | 25.11.2011
PhilippeC : eh bien non. J'ai toujours joué le rôle du Sénat dans toutes les assemblées où je me suis trouvée. Fichue modération
Écrit par : Ema | 25.11.2011
Bon alors, tout compte fait, Ema, BlanchePorte à Jean Monnet section A1, déléguée de classe 1983-1985, 2ème au Concours Général de Version Latine, achète son premier carré Hermès en Mars 1986 (un faux, elle ne le sait pas alors). D'une famille de la petite bourgeoisie bohème de Honfleur, digne, entourée d'artistes régionaux, elle affirme peu à peu sa présence dans sa classe où bien que discrète, elle est remarquée. Assise perpétuellement devant le professeur, elle devient la leader de ses camarades (certains diront que cela est dû au fait qu'étant derrière, les autres ne pouvaient pas voir le tableau, gênés par les mèches brunes et abondantes, déjà, mais cela a été démenti depuis).
En 2011, elle fait péter les compteurs de visite, affole les serveurs autant que les commentateurs qui s'effondrent, frappés par par la chaleur dégagée de ses diatribes et ses tenues osées (Suzanne, c'est elle). Ils n'en mourraient pas tous mais (etc..). Il y eut Bossuet, puis Danton, on a déjà oublié Malraux et Barrès, Jaurès est dans les choux.
Ladies and Gentlemen, and the winner is .... *E*M*A*
(mais je peux me tromper)
Écrit par : PhilippeC | 26.11.2011
PhilippeC : S. J'étais une S. Une mathématicienne. Mais je voudrais un passé tel que vous me l'inventez et encore plus ce futur !
Vous pourriez être mon biographe comme Eggers l'a été pour Valentino Achak Deng. Sa vie à lui était extraordinaire, mais la plume d'Eggers, la plume d'Eggers...
Si vous écriviez ma vie, elle serait bonne.
Écrit par : Ema | 26.11.2011
"si vous écriviez ma vie, elle serait bonne."
(bon, d'accord, plume).
CHAPITRE 1
Nous étions à l’Étude dans les jardins d'Hamilcar, quand le proviseur entra, suivi d'une nouvelle habillée de ce curieux manteau "Maje". Elle était vêtue comme la sybille du Dominiquin, un châle des Indes tourné autour de sa tête, et ses cheveux du plus beau noir entremêlés avec ce châle ; sa robe était blanche ; un draperie bleue se rattachait au-dessous de son sein, et son costume était très pittoresque, sans s'écarter cependant assez des usages reçus, pour que l'on pût y trouver de l'affectation. (...)
Écrit par : PhilippeC | 26.11.2011
PhilippeC : Vous me donnez du Flau-Flau ? N'ayant jamais dépassé la première page, je ne sais pas où se situent ces fameux jardins, qu'il me faudra peut-être visiter le jour où je serai à proximité. Une idée du nom de l'aéroport le plus proche ?
Écrit par : Ema | 26.11.2011
Mais non, pas que Gugus, non, surtout Coco ; et c'est alors Fiumicino, vous y serez forcément à proximité, un jour ou l'autre.
Écrit par : PhilippeC page N°2 | 27.11.2011
Ben ça alors....
Ta connaissance des blogs de mode m'épate.
Pas plus tard que ce matin, j'ai laissé un com' à une de mes amies de blog qui montrait sa nouvelle acquisition: le fameux manteau Maje. Bien.
Elle annonce quand même qu'il avait été en rupture de stock et qu'elle pouvait le porter dans sa région car personne n'en avait. Re bien.
Je reconnais le manteau pour l'avoir vu aux Galeries Lafayette en début de saison lors de ma tournée d'inspection du marché. Je le dis donc dans mon com'.
Et voilà que je découvre l'effroyable réalité: toute la blogo l'a (mais qui sont ces filles?), et je l'ignorais.
Je passe pour une conne.
Ça va m'apprendre à avoir un blog de mode.
Écrit par : isabelle | 01.12.2011
Bon, Isabelle. Tu vis dans le Sud ?
Voilà.
La science du manteau, elle se trouve à Paris.
Toute fille en est INFUSEE. Quoiqu'elle fasse, ça passe dans ses veines.
Écrit par : ema | 01.12.2011
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