30.08.2008

L'internaute de l'intello et l'intello de l'internet

L'élite a peur.

L'élite est bête.

L'élite a peur d'Internet.

 

L'élite, en France, ce serait les intellos.

Pas vraiment les chercheurs, pauvre d'eux.

"L'élite, c'est je pense donc tu suis". Dixit Desproges.

Les faiseurs d'opinion.

Bah Internet, ça leur plaît pas du tout du tout.

Alors pour nous faire peur, ils brandissent le spectre du Nazisme. Rien que ça.

 

Finkielkraut, une de mes bêtes noires, samedi sur Culture, France Culture [Bond, James Bond].

Internet, c'est le rêgne de la rumeur. Principalement du révisionnisme. Internet c'est la négation des chambres à gaz.

Oui, non ?

Si vous tapez Chambre à gaz sur Google, ce n'est qu'à la 4ème page des résultats que vous tombez sur un document négationniste et encore ce n'est pas trop méchant, il s'agit de savoir s'il y avait une chambre à gaz à Ravensbrück.

Plus rien jusqu'à la page 9, où le site Chapitre propose un bouquin de Faurisson en rupture de stock. Entretemps, vous découvrez un document pas mal qui décrypte la rhétorique des négationnistes : "Comment devenir un révisionniste érudit". Page 13, une vidéo de Faurisson proposée en téléchargement, page suivante, un de ses textes en PDF.

C'est tout. Si vous êtes attentif, vous remarquerez que GOOGLE prévient avoir "retiré x document en réponse à une demande légale" qui lui a été adressée.

Qu'est-ce que c'est que ce truc ???

Nous croyions tous qu'Internet était le règne de la LIBERTE. Et surtout Finkielkraut, bon Dieu.

Pas du tout. C'est REGLEMENTE. Par la loi de 1881 sur la liberté de la presse.

Tu n'as même pas le droit de dire du mal de ton professeur et de mettre une photo de la plus jolie fille de la classe sur ton blog sans leur accord.

Si quelqu'un ici, lecteur de ce blog, est en contact avec mon doux Finkielkraut, peut-il le rassurer IMMEDIATEMENT ?

Je déteste l'entendre souffrir.

 

Alors pourquoi l'intello a-t-il peur de l'internet ?

Parce que les opinions de n'importe qui ont autant d'importance que les opinions de l'intello, sur le net.

Dans la vie réelle, personne ne lit le courrier des lecteurs de Télérama.

C'est qu'une page.

Sur Internet, l'intelligence est noyée dans un océan de quidams qui s'arrogent le droit de dire ce qu'ils pensent.

 

C'était vendredi, encore sur Culture, France Culture, à propos de la musique classique.

Un journaliste de Libé dont je ne retiens pas le nom s'insurge.

La presse se suicide.

Ah oui, comment ?

En créant leur site Internet.

Il dit :

Ton article, il permet juste à des gens idiots de réagir dessus pour t'expliquer que t'es con et qu'ils en savent plus que toi sur le sujet.

Et ça, c'est dégueulasse.

Ton article, il n'a plus de valeur en soi. Il permet juste de gagner de l'argent en mettant de la pub autour et les gens se précipitent pour te ruiner ta gueule en te commentant que t'es un naze.

Et ça, c'est dégueulasse.

La presse, en publiant l'article sur le net, elle dit aux lecteurs : vous avez-vu mon connard de journaliste, crachez-lui dessus comme il est mauvais, remplacez-le.

 

Sur le moment, j'ai pas compris. C'était une paisible conversation sur la musique classique.

Le gars doit être obsédé, pour dévier autant.

Touk.

C'était Eric Dahan.

Les Nuits Blanches, la chronique, dans Libération. Sympa.

Interrogé, Dahan nous livre le secret de son talent : "vu que mon écriture, mes pastiches de Sade, Thomas Mann, Bataille, Blanchot, Burroughs, Nietszche etc sont directement conditionnés par mes lectures de Paul de Man, Lyotard, Derrida".

J'adore.

 

Petite leçon de sociologie à l'usage des intellos français.

On peut écrire des kilomètres de trucs, sur internet.

Sera-t-on lu ?

 

Sûrement, si l'on est déjà connu hors internet. Attali, Sophie Fontanel.

Connu parce que l'on a été approuvé, sélectionné par des autorités. Le président de la République, la Rédaction de ELLE.

Une système de reconnaissance sociale .

 

Peut-on être connu PAR Internet ?

Possiblement, si l'on a du talent.

Le système de reconnaissance sociale se remet alors en place.

Prenez Café Mode et Une fille comme moi : interview sur Culture, France Culture, publication de photos dans ELLE, exposition à Hyères et tutti quanti.

 

Des repères, des autorités, des comités de lecture, des labels, des institutions, tout cela se recompose.

Ouf, ils m'ont fatigués, les imbéciles.

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Commentaires

Je partage votre 'amour' pour Finkie et ses obsessions. Il me semble qu'Internet, et en particulier les blogs, ont permis une prise de parole qui, sinon, était quasi impossible. Pour prendre mon exemple, je n'aurais eu aucune chance d'avoir une (petite) audience dans l'univers de la critique d'art dans le monde 'papier'.
Ensuite, l'audience, le retentissement dépendent du professionalisme (ne pas dire n'importe quoi), de la constance (écrire souvent), de la cohérence (être reconnaissable de par sa forme ou son fond, pour pouvoir être reconnu), et, éventuellement de la qualité de ce qu'on écrit (mais quand c'est plutôt subjectif, c'est quoi, la qualité ?).
Quant à la presse écrite généraliste, elle perd des ressources publicitaires face au Net, et tente plus ou moins maladroitement de s'adapter: mon impression est que les patrons de presse ont compris, mais que les journalistes partent parfois dans la course au scoop, où ils seront nécessairement perdants (voir les fausses photos d'Hiroshima dans le Monde). Internet permet une remise en cause à laquelle les journalistes ne sont pas habitués.
Je vous conseille ce site : http://www.arhv.lhivic.org/, par exemple sur la photo de Stephen Platt à Beyrouth.

Écrit par : Lunettes Rouges | 31.08.2008

Lunettes rouges : Dans le fond je pense que les patrons de presse ont effectivement compris, d'ailleurs la sélection de blog de l'Express est très bonne.

Et vous êtes exactement un exemple effectivement, je ne sais pas quel est votre parcours mais votre blog est un régal !

C'était étonnant d'entendre en 2 jours sur France Culture de telles âneries sur le net.
Généralement cela provient d'individus un peu incertains quant à leur propre valeur. Le cas de Dahan et Finkie (joli diminutif ) ?

Écrit par : Ema ou La bienveillante | 31.08.2008

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